
Jean Le Cam : « Le public aime les belles histoires et s'identifier à certains skippers »

Hier à 05:15 AM
Le Roi Jean Le Cam (65 ans), 2ème du Vendée Globe en 2004/2005, course dont il est le doyen, raconte sa sixième participation (2ème, abandon, 5ème, 6ème et 4ème), mais met aussi en garde sur certaines évolutions majeures touchant son sport.
Quel sentiment vous a envahi en franchissant la ligne d'arrivée ?
C'était hyper tendu. Il y avait Conrad Colman (21ème, Ndlr) juste derrière. Cela faisait un moment qu'on luttait. J'ai réussi à passer la ligne juste devant lui pour une dizaine de minutes (85 jours, 15 heures, 51 minutes et 2 secondes contre 85 jours, 16 heures, 4 minutes et 33 secondes, Ndlr). Cela a été un vrai soulagement.
Par rapport à vos cinq autres éditions, celle-là a-t-elle été la plus dure à boucler ?
Non. Le plus dur a été celui d'il y a quatre ans (4ème, Ndlr). Avec le bateau cassé. Cependant, cette année cela n'a pas été simple quand même. Il y a eu pas mal de péripéties et des réparations. On a aussi joué de malchance avec la météo en remontant l'Atlantique.
Les années passant, physiquement cela ne doit pas être commode non plus.
De toute façon, à chaque Vendée Globe tu es content d'arriver. Là, entre les Açores et les Sables d'Olonne, c'était du vent assez fort. C'est épuisant !
Quels ont été les moments marquants pour vous sur votre nouveau bateau sans foils ?
Du départ jusqu'à l'Equateur il y a cette partie où je suis resté en tête quatre, cinq jours. Avec un positionnement le plus à l'Est favorisant cette position au classement général. Derrière, il y a le passage du poteau noir avec la deuxième partie sur l'Atlantique sud où tous les bateaux à foils sont partis. Ils nous ont laissés derrière avec un écart incroyable dès l'Afrique du Sud.
« On va sur de l'élitisme, cela a été une des caricatures de ce Vendée Globe »
Ne trouvez-vous pas qu'on est rentré dans un autre monde technologique, Charlie Dalin ayant mis 16 jours de moins que Yannick Bestaven en 2020 !
C'est effectivement énorme ! Cet écart prouve que les nouveaux bateaux ont fait un sacré bond en avant. Il y a eu à la fois les conditions météo hyper favorables pour les trois bateaux de devant. Cela étant, il fallait quand même traverser des mers et des dépressions. Ils ont sacrément tenu.
Est-ce envisageable de finir le Vendée Globe en moins de 60 jours ?
Peut-être pas dans quatre ans, mais dans huit ans, oui. Les choses peuvent aller très vite.
A l'avenir, ne risque-t-on pas d'avoir un fossé de plus en plus grand entre les bateaux en fonction de leurs moyens ?
Il est clair qu'on va sur de l'élitisme. Cela a été une des carricatures de ce Vendée Globe. Les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres (sic). Plus tu vas vite et plus tu peux maîtriser tes choix, tes routes météo. Cela va aller en s'accélérant.
Cela ne risque-t-il pas d'être dommageable pour l'intérêt de la course ?
C'est une donnée à prendre en considération. C'est pour cela que j'avais proposé d'avoir un classement bateaux à dérives. Tout au moins pour permettre aux jeunes et aux moins jeunes de trouver des budgets plus accessibles. Quand on remarque par exemple le carton médiatique fait par Violette (Dorange, Ndlr), elle et moi, on figure parmi les deux projets les plus médiatisés. Néanmoins avec finalement une place de 20ème pour moi et 25ème pour elle. Le côté sportif est une partie des choses. Le public aime les belles histoires et s'identifier à certains skippers.
Repartirez-vous dans quatre ans pour un nouveau Vendée Globe ?
Sincèrement, je n'en sais rien. C'est très difficile d'être au départ. Les systèmes de qualification deviennent de plus en plus draconiens. Je ne sais pas. On verra bien…
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