Fabrice Amedeo (32ème du Vendée Globe) : « Je ne me situe pas dans la catégorie des champions, mais dans celle des aventuriers »

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Pour sa troisième participation, Fabrice Amedeo a réussi à rallier les Sables d'Olonne dans les derniers jours de compétition, avant la fermeture de la ligne d'arrivée. Malgré une édition compliquée, le skipper de Nexans-Wewise réalise la performance qui est la sienne. Avec déjà l'idée d'en vivre une prochaine… 

Comment allez-vous après avoir passé 114 jours, 1 heure, 58 minutes et 49 secondes sur ce 3ème Vendée Globe ? 

Ça va pas mal. J'ai vécu une belle émotion sur l'arrivée avec ma famille qui m'attendait. Egalement mes amis, mes partenaires… Il y avait une belle lumière et énormément de monde sur la remontée du chenal. C'était un bel accueil et une belle réception. Une émotion forte. 

Quelle saveur a cette édition ? 

Elle a une saveur particulière. Elle s'est construite dans la durée. Je n'étais pas vraiment parti pour faire ce genre de Vendée Globe. En même temps, le Vendée Globe m'a mis à la place qui est la mienne (32ème et dernier arrivé officiel, Ndlr). Avec le recul, tout s'explique. Je boucle un deuxième Vendée Globe. Pour un ancien journaliste, c'est exceptionnel. C'est un vrai accomplissement. Je n'étais pas parti pour naviguer comme cela et prendre autant de temps.

Je suis parti avec un bateau qui n'était pas franchement prêt. C'était un vrai bateau mais, paradoxalement, il avait des problèmes de jeunesse. J'ai mis ce bateau à l'eau, après un gros chantier de rénovation, un an et demi avant le départ de ce Vendée. Je n'ai pas pu m'entraîner comme il le fallait et le découvrir comme je l'aurais voulu voire me l'approprier. Mon équipe n'a pas pu le fiabiliser à 100%, faute de temps.

J'ai connu une descente de l'Atlantique compliquée avec des problèmes techniques très tôt qui, en général, statistiquement, on ne va pas très loin. On s'arrête au Brésil ou en Afrique du Sud. J'ai réussi à faire face aux problèmes. Dans les mers du sud, j'ai mis le pied sur le frein pour assurer le coup. J'ai perdu énormément. Le début de l'Indien a été une catastrophe, mais j'ai préféré assurer.

Ça donne ce Vendée Globe (sic). Sans oublier entre le Cap Horn et les Sables, une météo compliquée, avec un scénario à rallonge, ça donne ce Vendée Globe de 114 jours, au bout de l'effort et de la résilience, avec une belle récompense, celle de terminer.

Fabrice Amedeo s’est surpassé sur le Vendée Globe 

Avez-vous vécu un vrai dépassement de vous-même sur ce Vendée Globe ?

J'ai connu un vrai dépassement en dépassant des situations compliquées psychologiquement. J'ai dépassé des situations compliquées techniquement avec un bateau fragile. Après, j'ai dépassé la souffrance morale d'être loin derrière dans un scénario à rallonge et le temps qui s'éternise. C'était une vraie épreuve. 

Avez-vous pensé à abandonner ?

(Il coupe) Je n'ai jamais pensé à abandonner. Plusieurs fois je me suis retrouvé dans la zone rouge. C'était compliqué. Quand, après 10 jours de course, vous avez des problèmes électriques, 

électroniques et hydrauliques… Vous avez coché toutes les cases des problèmes à surmonter sur un bateau de course en solitaire. La situation était compliquée. Si j'avais attaqué dans les mers du sud, le bateau n'aurait pas tenu.

« J’ai toujours navigué en bon marin »

Votre expérience vous a-telle aidé après avoir déjà bouclé un tour du monde en solitaire ? 

L'expérience joue. J'ai toujours su naviguer en bon marin. Je sais comment mettre le bon curseur, au bon endroit pour arriver à réussir mon objectif, celui de terminer ma course. J'ai fait ce qu'il fallait pour avoir la trajectoire la plus en phase possible avec les capacités du bateau et du bonhomme au moment d'être sur ce Vendée Globe. 

Etait-ce important de finir ? 

J'ai toujours dit. Le Vendée Globe, il faut le gagner ou le terminer ! A partir du moment où je ne pars pas pour le gagner, je me devais de le finir. A un moment donné, quelle que soit ma position dans la flotte, ma priorité absolue était de rallier l'arrivée. Je me suis concentré sur cet objectif. Le Vendée Globe est une course, mais ça reste une aventure. Dans le cœur du grand public, Charlie Dalin est évidemment un beau vainqueur et un magnifique marin, mais les gens aiment tous les profils de marins présents. Les femmes, les hommes, les jeunes, les moins jeunes, les champions…

Les larmes, les sourires, l'énergie de la performance et l'énergie de l'aventurier qui va au bout. Il y a une vraie diversité dans cette course. Cela fait partie de son ADN. Je ne me situais pas dans la catégorie des champions, mais dans celle des aventuriers avec un beau projet océanographique avec une belle campagne de mesure océanographique pour la science. J'ai rempli ma mission finalement.

« Il y a plusieurs Vendée Globe dans un Vendée Globe »

Chacun a finalement vécu un Vendée Globe différent…

(Il coupe) Il y a eu plein de belles histoires. Même avec les abandons, certains finissent hors course comme Eric Bellion ou Yannick Bestaven. C'est génial. Il y a plusieurs Vendée Globe dans ce Vendée Globe. Chacun raconte son histoire en partageant de belles valeurs. 

Quelle est la suite pour vous ? 

C'est repos d'abord. Même si c'est relatif. Physiquement, j'ai manqué de nourriture donc j'ai fini affaibli. Il faut redémarrer le corps. C'est une histoire qui se répète malheureusement. En 2016, je n'avais pas pris assez de nourriture et j'avais fini en restriction sur la dernière semaine. J'avais un début de jaunisse.

Mon foie avait du mal à repartir. Cette année, je vais faire attention. Quand on arrive, il faut faire attention à la déshydratation. J'ai dû jeûner. L'avenir reste à écrire. Mais ce dernier Vendée Globe, je vais le coucher sur papier. J'ai pris des notes à bord sur un livre de bord audio. Donc je vais en sortir un témoignage dans les prochains mois.

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