
Lads, immersion dans les coulisses des courses hippiques

Hier à 09:37 AM
En salles dès ce mercredi 2 avril, Lads, premier long-métrage de Julien Menanteau suit Ethan, un jeune apprenti jockey découvrant le monde des courses d'obstacles. Un monde difficile, où il devra choisir entre sa passion ou transgresser les règlements. Nous nous sommes entretenus avec le réalisateur.
Avec Lads, vous choisissez de montrer le côté parfois difficile des courses hippiques, pourquoi vous être tourné vers ce prisme ?
Je viens d'une famille de cavaliers. Mon père a eu un centre équestre pendant vingt ans, et avait en parallèle des amitiés avec des gens des courses. J'ai ainsi passé pas mal de temps sur les hippodromes, et notamment les courses nocturnes à l'hippodrome de Vincennes. Je suis donc spectateur de ce monde depuis toujours, j'ai passé du temps avec des drivers et des jockeys. Et en parallèle, ma cinéphilie commençait à monter. Et je me rendais compte que les films de courses étaient plutôt placés du côté des parieurs ou des entraîneurs. De mon côté, je passais plutôt du temps avec les travailleurs.
« J'avais envie de raconter l'histoire de ces apprentis jockeys, qui se lèvent tôt, qui font beaucoup de sacrifices »
J'ai arrêté la pratique du cheval assez rapidement. Après avoir fait du documentaire et du court-métrage, Lads est mon premier long-métrage. Il y a une sorte d'évidence de revenir au monde du cheval, que je n'ai jamais réellement quitté. J'avais envie de raconter l'histoire de ces apprentis jockeys, qui se lèvent tôt, qui font beaucoup de sacrifices. Et ce, comme beaucoup d'aspirants sportifs de haut niveau. Je voulais être du côté des travailleurs et montrer cette facette du métier.
A quelle époque situez-vous le film ? Ce n'est jamais réellement évoqué…
En effet, c'est vrai que le seul élément qui ancre le film dans quelque chose de contemporain, ce sont les téléphones portables. Mais ce qui est assez fabuleux dans l'univers des courses, c'est qu'il y a quelque chose de l'ordre de l'anachronisme que je trouve très beau. Le monde des courses, ce sont des tenues, c'est des casaques, des architectures d'hippodrome qui, finalement, n'ont pas tellement bougé depuis leur construction, leur invention, à la fin du XIXe siècle. Il y a quelque chose qui est assez fascinant quand on va sur un hippodrome. Il y a quelque chose qui est assez figé, mais dans ce que ça a de plus beau.
« Même Marco, qui est né sur un cheval a aussi pris un mois de cours »
Comment avez-vous préparé votre long-métrage, vous êtes-vous immergé dans des écuries ?
J'ai passé pas mal de temps à Royan, Chantilly-Gouvieux et Maisons-Laffitte, aux entraînements du matin, chez des entraîneurs et au contact de jeunes jockeys. Même Marco (Luraschi, l'acteur principal, NDLR), qui est né sur un cheval a aussi pris un mois de cours chez un entraîneur d'obstacles à Chantilly. Pour la petite histoire, 80-90% des dialogues de Suzanne, que j'ai voulu être une entraîneuse, sont des choses entendues sur des champs de course. Je crois que tous les carnets, toutes les préparations, le temps passé sur les centres d'entraînement et sur les hippodromes, ce temps documenté m'a aidé pour la fiction, et du coup, le film est très précis à plein d'endroits sur ce que c'est d'être un jeune travailleur dans le monde des courses.
Mais comme dans tous les univers, il y a des bons et des mauvais élèves. Pour les besoins de la fiction, Ethan, qui a un vrai amour du cheval et découvre ce monde, se retrouve dans une écurie dans laquelle ça ne se passe pas forcément bien. Et finalement, la lumière, elle est plus de son côté que du côté de son entraîneur. Mais effectivement, j'avais à cœur aussi de raconte, d'une certaine façon, les secrets de ce monde. Mais c'est un monde qui évolue énormément. Les mauvais élèves sont repris par la patrouille très rapidement. C'est vraiment un milieu qui est en train de faire le ménage dans ses rangs. Et le film raconte ça d'une certaine façon. A travers le parcours d'Ethan et son choix final.
« J'avais à cœur d'avoir en mise en scène un comédien qui puisse être cavalier »
On a d'ailleurs une fin assez ouverte…
C'était une volonté, dès le début, d'avoir une fin qui déjoue les attentes du film de course. Je pense que le personnage d'Ethan, à la fin, il gagne. Mais il gagne autre chose. Ce film est un récit d'initiation. C'est un film sur le passage de l'adolescence à l'âge adulte pour le personnage principal. J'ai la sensation que, à la fin, le choix qu'il fait est son premier choix d'adulte. Qu'en sauvant l'animal, il se sauve un peu lui-même.
Le personnage d'Ethan est joué à merveille par Marco Luraschi, qui a d'ailleurs reçu le Valois de l'acteur au Festival du Film Francophone d'Angoulême. Qu'est-ce qui vous a séduit chez lui ?
Je pense que le film n'existerait pas sans lui. J'avais à cœur d'avoir en mise en scène un comédien qui puisse être cavalier. J'ai commencé un casting classique où j'ai vu soixante-dix jeunes comédiens. Mais c'est lors d'une réunion de réglage cascade que le découvre Marco Luraschi. On m'explique qu'il sera la doublure du comédien que je cherchais encore. A ce moment, j'étais en face de lui et je ne voyais que lui. Il a ensuite fait un casting fabuleux avec une séquence qu'il a joué merveilleusement bien. C'est un alignement de planètes incroyable.
Que dire aux gens qui hésiteraient à voir le film ?
On a tourné avec de vrais pur-sang anglais, dont quatre jeunes réformés que nous avons récupérés et qui ont été formés par les Luraschi. On avait un lot de sept chevaux qu'on a fait monter par de vrais jockeys, certains à la retraite et d'autres encore en activité. De plus, c'est à la fois un tournage de fiction et un tournage documentaire. On a fait des plans de chevaux d'entraînement le matin dans des écuries à Chantilly-Gouvieux, à 5h du matin, avec des vrais aspirants-jockeys.
« j'ai la conviction que ça va donner envie à des jeunes de s'investir dans le monde des courses est fascinant »
On a aussi tourné durant deux grandes courses en Belgique, notamment durant le grand steeple des Flandres. Quand Marco est dans le rond de présentation, il présente un vrai cheval au milieu de vrais parieurs. On l'a intercalé entre la pesée de vrais jockeys avant cette course-là. On a vraiment fait ce film avec le milieu. Sans lui, on ne pouvait pas le faire. Ce n'est pas parce qu'on montre la rudesse et la violence d'un monde qu'on ne l'aime pas. Cette espèce de folie, cette adrénaline qu'il y a dans le film, moi, j'ai la conviction que ça va donner envie à des jeunes de s'investir. Le monde des courses est fascinant.
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